Zazen du 16 avril

Le Shodoka, « Chant de l’éveil » écrit par Maître Yôka Daichi au VIIe siècle commence comme ceci : 

Ami, ne voyez-vous pas?
Cet Homme tranquille qui a atteint l’éveil a cessé d’étudier et d’agir,
Il n’écarte pas les illusions et ne recherche plus la vérité. 

Voici le commentaire du maître zen Kodo Sawaki (1880 – 1965) :

« Tu ne vois pas le principe de l’univers qui emplit toutes choses » !

L’expérience de Yôka est fondée sur le fait qu’il n’existe aucun intervalle, aucune discontinuité entre soi, Bouddha, l’univers et toutes les existences dans les dix directions.

Dans le bouddhisme, chacune de nos action est celle de tous les bouddhas des dix directions et du triple temps.
Cela signifie que moi, en tant qu’individu, je ne suis pas aussi négligeable qu’il n’y paraît.
Bien sûr les hommes aiment à penser à de grandes choses et celui qui a un tant soi peu de notoriété aussitôt les clame à tous vents, car il lui semble important que tout le monde le sache. Et chacun aussi,  pense beaucoup en son fort intérieur…
Mais ce que ces hommes ignorent, c’est qu’à ce moment là ils sont eux-mêmes l’univers entier.
Quand j’éternue, l’univers entier éternue. 
Toute action, aussi intime et secrète soit-elle, résonne dans l’univers.

C’est pourquoi une personne faisant zazen régénère l’éveil des bouddhas et donne une vigueur nouvelle à l’étude de la Voie.
A l’inverse, commettre une mauvaise action est une insulte à l’univers entier et un outrage à tous les bouddhas et êtres vivants du triple temps et des dix directions. Penser que chacun, en tant qu’individu, peut se permettre de faire n’importe quoi avilit l’univers. 
Par contre, en oeuvrant pour l’univers, l’action accomplie devient éternelle.

Le Shodoka met en évidence le principe fondamental selon lequel aucune de nos actions n’est séparée de l’univers.
Pour nous, la déchéance, c’est de nous couper de l’univers… Lorsque le moi se désolidarise et se situe à l’extérieur de l’univers, c’est la chute !
A l’inverse, quand on le porte en soi et qu’on le prend personnellement à sa charge, on éprouve ce qu’éprouvait Shinran Shônin : « plus je réfléchis aux voeux que fit le Bouddha Amida après avoir médité cinq périodes cosmiques, plus je suis convaincu qu’ils ont été faits exclusivement à mon intention et pour mon salut.»

Shinran Shônin (1173-1262)

En réalisant que ces voeux étaient formulés pour lui-même, Shinran comprit qu’il portait en lui l’humanité entière et que, par conséquent, il prenait sur lui la pratique de tous les êtres vivants.
En effet, il n’est pas nécessaire de parcourir le monde pour trouver des êtres humains vivant dans l’illusion, il suffit de fermer les yeux et en réfléchissant un peu, on voit celles-ci affluer en rang serré en soi-même.
Tout le monde peut comprendre cela, et sans même penser aux autres, regardons simplement en nous-même où elles fourmillent. Chacun de nous est un modèle réduit de l’univers.

Cette fusion avec l’univers est précisément ce qu’on appelle « devenir bouddha ». Tout, absolument tout devient bouddha : êtres animés et inanimés, herbes, arbres, pays et planètes, tout, sans distinction, est bouddha. Comprendre que l’on est soi-même bouddha, c’est contenir en soi tout l’univers. Ce principe nous dit le poème, « tu ne le vois pas », comme tu ne vois pas non plus que « l’homme tranquille qui a atteint l’éveil a cessé d’étudier et d’agir »…

Toutefois, si l’on a conscience de vivre dans les illusions, on est dans la situation d’un pauvre qui sait qu’il est pauvre. Mais c’est un raisonnement qui arrive à postériori, comme un maquillage.
De même un riche qui a conscience de sa richesse n’est qu’un poseur.

Il est aussi insupportable d’entendre dire : « j’ai l’éveil ».

On ignore qu’on a l’éveil ou qu’on vit dans les illusions…
L’état de conscience exact est « hishiryo » : pensée sans pensée ou pensée au-delà de la pensée.
Dans cet état il n’y a ni conscience de l’éveil, ni conscience des illusions.
« Hishirio », on dit aussi que c’est la pensée en l’absence de concepts et de vouloir propre. Il ne faut pas cependant croire que l’esprit disparaît dans les nues comme un ballon.