Méditation du 7 avril

 

Enseignement de Tai Un Roshi :

« Quelqu’un m’a dit hier : « J’ai toujours peur que mon cœur ne se ferme. » Je réponds à cette personne : « Vous avez raison d’avoir peur, il n’y a pas pire que de fermer son cœur. Mais est-ce que cette peur est fondée ? » Elle me répondit : « Si je suis seule, je m’enferme en moi-même. J’ai besoin que quelqu’un me tende la main, me ramène dans la réalité de Bouddha, me maintienne en unité avec les existences. Sans l’aide de la sangha, sans l’aide de l’autre, j’ai peur que mon cœur ne se ferme. » Cela m’a touché profondément.

Normalement, un enfant a un père et une mère. C’est un peu schématique, mais dans la tradition, on pouvait le voir comme cela : le père donne une éducation, il vise à édifier l’enfant – la mère redonne sans cesse espoir à l’enfant qui faute et dont le cœur se ferme. Dans notre école, Maître Dôgen est représenté comme le père, Maître Keizan comme la mère. Nous sommes comme des enfants qui n’avons pas accédé à la réalisation, à la dimension de Bouddha. Mais parfois dans le monde, nous oublions notre père et notre mère.

Quand Ryokan a quitté sa famille pour devenir moine, il raconte : « Je n’oublierai jamais la sévérité – mais la droiture – de mon père. Je n’oublierai jamais non plus la tendresse et les larmes de ma mère… » Nous en revanche, nous oublions parfois la droiture et la sévérité de l’éminent Patriarche Dôgen et la chaude compassion du grand Patriarche Keizan.

Mais de toutes façons, Bouddha Shakyamuni nous rappelle que nous devons être notre propre lampe, même si l’image du père et celle de la mère s’effacent. Repensant à cette question – « J’ai peur que mon cœur ne se ferme. » –la seule réponse que je connaisse, c’est de faire sanpai. On dit que la Voie commence à sanpai et finit à sanpai. Poser sa tête enfiévrée sur le sol et refaire l’unité.

Dans de nombreux enseignements bouddhistes, il nous est dit que nous devons aller au plus profond de nous-même pour déraciner les conceptions erronées. Si nous avons fait une erreur et que nous ne voulons pas la reconnaître profondément, si nous n’en voyons pas les racines profondes, c’est pareil au chiendent. Si on laisse quelques petites racines de cette mauvaise herbe dans le champ, très vite le chiendent envahit la prairie. Il devient alors impossible de s’en débarrasser. Si l’on a peur que notre cœur se ferme, il faut regarder pourquoi il se fermerait.

N. nous a dit hier avec beaucoup de franchise : « Même quand j’ai tort, je peux maintenir une position fière, ne jamais vouloir reconnaître mes dysfonctionnements et au contraire continuer à avancer dans l’erreur. » Voilà pourquoi le Bouddha dit : « Pour une personne fière, il est quasiment impossible de pratiquer la Voie. » Sans cesse son cœur se refermera tant qu’elle n’aura pas abandonné ni reconnu son erreur, tant qu’elle ne sera pas allée à la racine.

Aussi lorsqu’une personne décide de se repentir, laissons-la s’asseoir et voir par elle-même ses propres erreurs sans s’y accrocher et les laisser s’évaporer à la lumière de la sagesse. N’ayez donc pas peur, à tout moment il est possible de revenir à la racine et de laisser s’évaporer ses mauvaises compréhensions, sa mauvaise foi – la mauvaise foi est celle qui ne reconnait pas ses erreurs – son orgueil, sa fierté qui empêchent les erreurs de s’évaporer.

Maître Deshimaru était très exigeant sur ce point. Si vous ne faites pas le vrai sanpai – pas le sanpai des apparences, pas un sanpai de façade, pas un sanpai intéressé, mais celui où véritablement votre esprit retourne à celui de l’univers – vous verrez sans cesse votre cœur se fermer et se refermer.

Donc s’il vous plait, portez un regard compatissant sur vos erreurs et permettez-leur de s’évaporer dans leur totalité.

C’est pourquoi je dis à cette personne : N’aie pas peur. Utilise le trésor qu’est le Dharma en toute situation, particulièrement lorsque tu es seule, enfermée, désespérée, sans recours extérieur.