Méditation de Mardi 31 mars 19 h

Dès le début de zazen on tourne le regard vers l’intérieur.
On ne tourne pas ce regard vers notre film imaginaire (peu importe sa teneur) mais vers le centre de notre posture, en unité avec la respiration. 
Notre attention se fixe sur la verticalité, sur la juste tension de la colonne vertébrale. Les tensions de la colonne (en bas du dos et dans la nuque) sont les seules tensions utiles. Les autres zones (bras, jambes, abdomen…) sont relâchées. 

Cette concentration sur la posture permet de ne pas vaciller au gré des pensées. L’ énergie que nous plaçons dans la posture droite et immobile,  permet aussi de ne pas suivre les passions et les peurs liées à ces pensées. 
Ces émotions, ces passions, raniment bien souvent la flamme de l’agitation mentale, de la confusion, et nous enchaînent.
Aussi, on les laisse se dissoudre, quitte à observer certains désagréments durant l’assise. 

Il est possible qu’on éprouve de la gène, de l’impatience… Tout cela passe naturellement.
Peu à peu, l’esprit se clarifie, on revient à un esprit pur, neuf, ouvert.

Suite de l’enseignement de Tai Un Roshi : 

L’état d’éveillé auquel est arrivé Shakyamuni Bouddha est une forme de l’esprit, la plus haute. Cette forme est dotée de l’omniscience. Le mental est une autre activité de l’esprit. Dans la vie quotidienne le mental est utilisé en permanence. Donc le mental n’est pas à rejeter. Parfois il est au service de l’avidité ou de l’aversion, manipulé par l’ignorance…. Dogen dit que le mental peut aller dans le sens de la voie aussi. Quand il est nettoyé, libéré des trois poisons.

Aussi bien le mental au service des trois poisons que le mental au service des trois trésors, de Bouddha, Dharma, Sangha, ou l’état d’éveillé au-delà du mental… Tout cela c’est Bouddha.

Le problème c’est quand le mental est nourri d’avidité ou d’aversion. Donc à la fois pour tenir en respect l’avidité et l’aversion dans la vie ordinaire, mais aussi pour faire face à la condition de toutes les existences – c’est-à-dire la naissance, la maladie, la vieillesse, la séparation, la mort – les Bouddhas et les Patriarches dans leur grande compassion nous invitent à retourner à l’esprit vaste, à l’état éveillé.

Les Bouddhas nous invitent à comprendre le bienfondé de retrouver cet esprit vaste qui n’est pas centré sur le moi, le « je », cet esprit vaste dont le centre est partout, dont les limites sont nulle part. Dans les textes ont dit : « Egaré dans Bouddha. » 

Mais il faut bien comprendre que tous ces états se mélangent, se chevauchent.

Maître Deshimaru avait décrit en poème le paysage de l’esprit, où l’on voit coexister les différents aspects :

Un daim blanc repose paisiblement sous les branches d’un magnolia.
Il en mâchonne les fleurs.
Là-haut dans les arbres, un singe brun secoue les branches pour en faire tomber le fruit encore vert.

Le daim blanc sous les fleurs blanches et pulpeuses du magnolia ne cherche rien. Il mâchonne les fleurs devant ses lèvres. Fondu dans la réalité il goûte à l’existence pure. Le singe brun, le dernier arrivé dans la création cherche à obtenir, plus loin, plus haut. Si le singe brun occupe toute la place, il y a quelque chose de déséquilibré. Mais pareillement si le singe brun n’est pas là, il manque quelque chose.

Quoi qu’il en soit c’est à chacun de nous de réaliser l’harmonie avec sagesse et compassion. A chacun de nous de comprendre que le dernier arrivé, le fils, doit suivre aussi le père.