Archives de catégorie : Dojo virtuel – Confinement

Zazen 2 juin

(Extrait du zazen en ligne du samedi 30 mai à Kanshoji.) 

Mener une vie juste et authentique demande d’avoir la foi. 

Dans le bouddhisme la foi n’est pas la foi en « quelque chose ». Ce n’est pas la foi en une croyance, ou en des superstitions. On ne croit pas qu’une puissance extérieure puisse nous « sauver » ou bien résoudre le problème de la vie et de la mort à notre place. Ainsi nous arrêtons de vivre comme des mendiants.

La foi, c’est la non séparation d’avec la réalité.
C’est donc la force et la sagesse, les deux sont nécessaires :

La force de l’esprit qui coupe court à toutes divagations.
La sagesse, celle qui amène sur l’autre rive : la rive de la compassion.

Nous pouvons voir par cette pandémie que notre vie est infiniment fragile, que notre avenir est incertain. 
Nous avons eu la chance extraordinaire, unique, de prendre forme humaine. Cette vie est semblable à la goutte d’eau suspendue au bec de l’oiseau aquatique. Prête à tomber à tout moment, à retourner à l’océan originel.

Face à cette réalité inéluctable, certains choisissent une vie matérialiste qui se résume à profiter, à éprouver un maximum de plaisir. Une telle vie est égoïste, sans lumière ! Elle ne peut satisfaire l’être humain.
Même si notre vie traverse l’éternité comme un éclair, elle est merveilleuse… Merveilleuse, à condition qu’on la vive dans la vérité, sans se raconter d’histoires.
Notre vie, c’est la vie de l’univers, sans séparation avec toutes les existences. 
Devant cette réalité, les Bouddhas nous demandent de bien réfléchir à notre façon de vivre. La façon de vivre des Bouddhas, c’est de vivre de tout son coeur, c’est à dire avec foi : avec force et sagesse.

Ce que l’être humain doit chérir plus que tout, c’est l’instant présent. Car c’est dans cet instant que nous recevons la vie de l’univers. 
Chérir l’instant présent c’est maintenir une attention bienveillante à tout ce qui advient. C’est respecter toutes les formes de vie, même les plus minuscules. C’est être au service de toutes les existences… C’est l’amour véritable.

 

 

Zazen du 28 mai

Les « quatre nobles vérités » sont un des enseignements de base du Bouddha.
Elles sont dites « nobles » car elles permettent de nous éveiller.
Ces quatre vérité on trait à  la souffrance, ses causes, la possibilité de s’en libérer et la voie pour s’en libérer. 

En ce qui concerne les causes de la souffrance, ce sont fondamentalement la « soif »,l’avidité passionnée, et l’ignorance logée au coeur de cette soif qui sont exposées.
Dans le zen on évoque également la haine ou la colère, on parle ainsi des « trois poisons » que sont l’ignorance, l’avidité et la haine.  
Parfois on y ajoute encore l’orgueil et la jalousie, soulignant que pour une personne orgueilleuse, attachée au moi et au mien, il est quasiment impossible d’entrer dans la voie… 
En fait, un série innombrable d’illusions résulte de l’ignorance et de la soif par lesquelles on saisit les phénomènes d’une manière erronée.  

Mais toutes ces illusions qui empoisonnent la vie comportent aussi un aspect de présence éveillée.
Si grâce à la vigilance, nous n’entrons pas dans la saisie ou l’attachement par rapport aux émotions conflictuelles, suscitées par les phénomènes, une sagesse s’en dégage.
C’est le coeur de la  pratique. 

La troisième noble vérité concerne cette sagesse, la possibilité de se libérer de la souffrance : l’ignorance qui est à l’origine de notre souffrance n’est fondamentalement qu’une perception erronée des choses.
Nous prenons pour réelles des choses qui ne le sont pas.
Ainsi est-il dit que « tous les phénomènes sont vides et dépourvus de soi »…
Cela n’est en rien une vue nihiliste : c’est faire l’expérience de la réalité telle qu’elle est : une expérience de libération, en unité avec toutes les existences…

Les notions de moi été de mien que nous plaquons sur les phénomènes ne font en réalité pas partie des phénomènes eux-mêmes. Ce sont des vues de notre esprit. 
Il s’ensuit qu’il est possible d’éliminer l’ignorance qui est à l’origine de la souffrance, de nos poisons mentaux…

Une fois l’ignorance éliminée, la paix qui s’installe est celle d’un bonheur immuable et authentique. C’est ce qu’on entend par « le nirvana est la paix véritable ». 

(Références : « La grande paix de l’Esprit », La Dalaï Lama, ed. La table Ronde 2008 ) 

Zazen du 26 mai

Quand l’esprit ne s’arrête nulle part, alors le véritable esprit apparaît. 

Dans le zen (dans le bouddhisme mahayana en général), on met bien souvent en garde contre l’illusion de penser réaliser le nirvana, l’éveil, séparément de la vie quotidienne, ou bien de la pratique du recueillement, corps et esprit en unité.

Ainsi maître Dogen insiste sur le fait que pratique et éveil ne sont pas deux choses séparées.

C’est plongé au coeur des formes, sans créer de séparations artificielles, que nous pratiquons et réalisons l’éveil… Nulle part où s’arrêter… 

Le moine Tich Nath Han enseigne :

De même que la rose ne peut être séparée des nuages, du soleil, de la terre et de la pluie, l’enseignement du Bouddha ne peut être découvert hors de la vie quotidienne. 
Aucun Dharma – qu’il s’agisse du « sublime et parfait esprit d’éveil », de « l’évidence du réel », d’une rose, du fait de manger ou de laver la vaisselle, d’un ami, des enseignements du Bouddha (…) ne saurait être saisi ou décrit.

Pourquoi croyons nous que les choses peuvent exister séparément les unes des autres ? Parce que nous les percevons comme ayant un commencement et une fin. Mais il est en réalité impossible de trouver le commencement ou la fin de quelque chose.
Lorsque vous observez un ami qui vous est cher, vous pouvez croire que vous le comprenez complètement – mais comment pourriez-vous comprendre un fleuve de réalité?
A chaque instant, nombre de dharmas extérieurs à son unité le traversent de tous côtés. 
En fait, vous ne sauriez avoir la moindre prise sur lui.
A considérer son apparence, ses sentiments, ses perceptions, ses formations mentales et sa conscience, vous pouvez croire qu’il est assis ici près de vous – mais il est ailleurs au même instant. 
I
ll se trouve à la fois dans le présent, dans le passé et dans l’avenir.
Votre ami, « l’évidence du réel », la rose, ne peuvent être saisis parce qu’ils sont sans commencement ni fin.
Leur présence est profondément liée à toutes les réalités de l’univers.

Zazen du 21 mai

La concentration zen ne doit pas donner lieu à des tensions. 

 « Quand l’esprit ne s’arrête sur rien, alors le véritable esprit apparaît »    
                   (Sutra du Diamant) 

Comment concilier impermanence et unité ? 

Kodo Sawaki évoque la fusion de la concentration et de la sagesse en un tout limpide…  Cette fusion n’est pas du ressort du raisonnement : 

« La concentration zen embrasse l’espace, le temps et toutes choses dans une même transparence.
Mais cette unité limpide de forme sans forme, immuable et immobile comme l’éternité, se métamorphose et se renouvelle sans cesse.
La sagesse zen est cet éternel changement.

Concentration et sagesse ne sont pas deux choses distinctes. Il n’y a pas concentration ici et sagesse là-bas, elles ne font qu’un . 

« Mystère de la sagesse immobile » : cela exprime l’essence du zen. 

Le mystère, c’est la fusion totale de l’esprit immobile, concentré et de la sagesse qui change et innove constamment.  »

Tourner son regard vers l’intérieur, s’ouvrir à toute choses sans saisir ni rejeter…
« Voir avec ses yeux de profonde sagesse ». 

 

 

Zazen du 19 mai

Le moine et poète Ryokan nous laisse ce message : 

Le passé n’est que du temps déjà passé,
Tandis que l’avenir … du temps non encore advenu.
Quand au présent, il ne demeure pas.
Tout cela n’offre rien sur quoi s’appuyer

Mais il est un vaste et vain fatras de vocables
Dont on passe les jours à subir la contrainte !
Ne conservez pas les vues fausses de jadis
Ne cherchez plus un savoir né d’aujourd’hui.

Consciencieusement pratiquer, approfondir.
Pratiquer encore, approfondir encore…
Il n’est que d’approfondir, et ce jusqu’à l’extrême
Alors vous saurez combien vous étiez dans l’illusion.

Le Sutra du Diamant évoque cette maxime : 

« Quand l’esprit ne s’arrête sur rien, alors le véritable esprit apparaît »

Bonne pratique ! 

Zazen du 14 mai

On évoque souvent les « trois poisons » que sont l’ignorance, l’avidité et la haine dans la pratique du zen.
Ils sont au coeur de la question du « lâcher prise » et de la voie. 
Ainsi le deuxième voeux du Bodhisattva est celui de dépasser toutes les passions affligeantes, et le troisième celui de pénétrer les choses dans leur vérité. 

Un enseignement du Bouddha en parle de manière éloquente : 

Il y a deux sortes de passions qui viennent recouvrir la nature de Bouhha : 

  • L’habitude de faire des discriminations, habitude mentale par laquelle on s’égare. 
  • L’attrait des émotions, la soif  par laquelle on s’égare en attribuant une fausse valeur aux choses. 

Ces deux tendances ont pour base l’ignorance et le désir ardent. 

L’ignorance nous amène aux raisonnements incorrects,  tandis que par la « soif » ou le désir ardent, on cherche à s’agripper aux choses agréables qu’on voit et qu’on entend… `

On s’attache alors aux émotions telles que la cupidité en ses satisfactions illusoires, à la colère et son rejet de la réalité, et enfin on fait preuve de stupidité.

Cupidité, colère et ignorance sont les trois feux qui brûlent le monde. 
On en éteint les flammes en déterminant correctement ce qui donne satisfaction et en contrôlant les passions.
Dépouillé, il sera impossible aux passions affligeantes de prendre racine. 

La cupidité, la colère et la sottise sont comme la fièvre.
Pris de fièvre, même dans un palace on dormira mal.
Mais si notre être est apaisé, même sur un simple matelas au sol nous serons comme dans un palace. 

Zazen du 12 mai

En moyenne, nous avons l’habitude de rechercher l’éveil comme s’il s’agissait d’une vérité à acquérir : une vérité dont on puisse s’emparer. 
D’autres fois encore, on recherche l’éveil au fil des mots et des études…  
De tous temps les maîtres zen ont combattu ce genre de confusion, nous proposant de pratiquer l’assise et de nous dépouiller. 
Non pas en dénigrant tout discernement, mais en nous invitant à l’expérience vivante de la vérité, abandonnant toutes choses à ce qu’elles sont…

« Faire zazen calmement ,
éteindre toute pensée négative,
obtenir seulement un esprit sans désir,
cette joie est au-delà du paradis.

Le monde court après les profits sociaux,
les honneurs, les beaux vêtements et le confort ;
mais ces plaisirs ne sont pas la vraie paix.
Vous courrez et demeurerez insatisfaits jusqu’à la mort !

Pratiquer zazen ; se concentrer d’un seul esprit,
qu’il s’immobilise parfois ou que d’autres fois il bouge,
voir de nos yeux de profonde sagesse intérieure,
pouvoir observer et reconnaître intimement le véritable aspect de toute action et de toute existence ,
pouvoir observer l’équilibre,
comprendre et reconnaître d’un esprit parfaitement tranquille.

Si vous êtes ainsi,
votre dimension spirituelle, la plus élevée en ce monde,
ne pourra être comparée à aucune autre. »

 Kodo Sawaki

Méditation du 7 avril

Ces propos de Maître Yuno Rech éclairent d’une autre manière la pratique de l’esprit vaste évoquée ce 5 mai  : 

En zazen, ne vous laissez pas distraire par les pensées et surtout, ne les prenez pas en considération. Il y a quelques instants, on entendait les cloches de l’église.
Où est parti le son ?
De nouveau, les cloches sonnent.
Où est parti le silence ?

Maître Wanshi nous recommande :

« Lorsque l’on observe ainsi l’apparition et la disparition des phénomènes d’instant en instant, on ne se laisse pas contaminer par les attachements. Dépouillez ce corps, laissez-le tomber, avancez encore d’un pas au bord de la falaise. »

N’hésitez pas à vous avancer là où il n’y a pas de support, n’hésitez pas à contacter la réalité où rien ne demeure.

Maître Wanshi insiste sur ces recommandations :

« Comprenez vos facultés des sens et leurs objets jusqu’à ce qu’elles soient épuisées de fond en comble. »

Jusqu’à réaliser intimement que les cloches sonnent, qu’il y a du bruit dans la cour, que nos oreilles entendent le son mais que tous ces sons sont parfaitement insaisissables et ne demeurent nulle part.

Tout comme nos pensées et nos fabrications mentales ne sont  que des étincelles jaillissant dans l’obscurité.
En pratiquant ainsi, nous réalisons un esprit qui ne stagne sur rien, qui perçoit clairement mais ne garde rien et retrouve constamment sa fraîcheur, sa disponibilité.

Wanshi continue :

« La lumière solitaire est la seule illumination qui, pénétrée profondément, préserve la merveille. »

En zazen, la lumière de la conscience éclaire toute chose mais sans saisir aucun objet.
Solitaire veut dire au-delà de tout attachement de quelque objet que ce soit. C’est au-delà même de la solitude, au-delà de la plénitude comme du manque.
Et cette expérience préserve ce qu’il y a de merveilleux dans l’existence.

Pour cela il n’est pas besoin de chercher au loin, de se lancer dans toutes sortes de fabrications. Il suffit simplement à chacun de pénétrer cette expérience tout comme nous allons totalement au bout de chaque expiration.

Zazen du 5 mai

Tai Un Roshi : 

Prisonniers de notre karma, de nos pensées, on s’enlise quelquefois, un petit peu comme un éléphant dans la boue.
Plus on bouge, plus on s’enfonce… Et souvent nous ne trouvons pas d’autre recours que d’agiter nos pensées…  
On n’entend pas alors l’enseignement du Bouddha… 

Pourtant, maître Obaku dit :

Tous les Bouddhas et tous les êtres vivants ne sont autre que l’esprit un, il n’y a pas d’autre méthode spirituelle que celle-ci. Depuis des temps sans commencement, cet esprit jamais venu à l’existence, n’a jamais cessé d’exister. Sans couleur, sans forme, sans aspect. Il ne relève ni de l’être, ni du non être ni de l’ancien ni du nouveau, il n’est ni long ni court, ni grand ni petit. Au delà de toute délimitation ou dénomination. Au delà de toute possibilité d’être perçu ou considéré.
Mais à la moindre considération on divague… Illimité et insondable, on dirait l’espace vide.

L’esprit véritable est libre de toute considération, et cependant inclut l’infinité des formes et des aspects. C’est une expérience que personne ne peut faire à notre place…

Dos droit, acceptant tout chose, laissant passer toute chose, l’esprit dégagé de toute entrave, s’ouvrir à l’esprit vaste… Pour cela, zazen est la grande porte. 

 

 

Zazen du 30 avril

Fonder sa pratique dans les illusions, obtenir l’esprit d’éveil avant de le percevoir.

Kodo Sawaki commante cet écrit de Dogen : 

Les illusions, dans la pratique de la Voie, ont été comparées à un précieux « caillot de sang ».
On dit que pratiquer la voie, c’est barrer le passage aux illusions.
Mais vouloir stopper les illusions est le zazen d’un être ordinaire, toujours attaché à obtenir une récompense pour ses efforts. 
Ce dernier en zazen, immobilise le « caillot de ses illusions » en voulant les stopper, alors que la bonne méthode est au contraire de le laisser passer :

Fonder sa pratique dans les illusions, obtenir l’esprit d’éveil avant de le percevoir.

Devenir Bouddha, c’est être tout simplement assis en zazen. Le corps tel quel, en posture de zazen est Bouddha.
Pratique et éveil ne font qu’un. En pratiquant au milieu des illusions, l’éveil se produit avant d’en être conscient.

Le rayon de lune traverse l’eau claire d’un coeur sans souillures, même si les vagues le brisent, il continue de briller.