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Zazen du 28 avril

Enseignement de Tai Un Roshi  : 

Laisser la surface et le fond se rencontrer et fusionner. 
Et mettre fin ainsi à toute passion affligeante. Pour cela, pas besoin d’explications.

Sans s’appuyer sur aucune explication, laisser la conscience du tréfonds remonter à la surface, et ainsi accéder à la paix, libre, libéré de toute passion affligeante.

Par ces paroles, Maître Obaku nous dit qu’il n’y a rien à faire… Juste laisser la conscience originelle prendre toute la place. Laisser l’esprit originel se déployer jusqu’à venir à la vie. La seule condition, c’est d’arrêter de vous agiter, de fabriquer quoique ce soit !

Les personnes qui s’enlisent dans leurs propres pensées, dans leur propre noirceur, sont frappées d’empoisonnement.
Cet empoisonnement n’est autre que leurs propres considérations théoriques.
Quand on accède à l’esprit véritable, nous sommes libres de toute considération, et acceptons l’infinité des formes sans s’attacher à aucune. 

Zazen du 23 avril

La pratique de zazen nous invite à abandonner notre esprit enfiévré, toujours porté à vouloir saisir…

Parlant de l’essence du zen, Maître Kodo Sawaki évoque ces vers de Yamamoto Tsunetomo (1659-1719), moine et poète : 

« A combien de lieues de notre monde éphémère, 
le cerisier de la montagne ? » 

Bon zazen ! 

 

Zazen du 21 avril 19 h

Un des maîtres mots de notre pratique est « mushotoku », qui signifie « absence d’esprit de profit », ou encore absence de saisie ou d’attachement.
Cela tout en restant concentré, pleinement éveillé, les yeux entrouverts, le regard tourné vers l’intérieur. 

Le moine Ryokan écrit dans ses « Poèmes de l’ermitage »  : 

Pour entendre le Vrai, se laver les oreilles
Autrement, le Vrai ne sera jamais perçu.

Quand à se laver les oreilles, qu’est-ce à dire? 
C’est ne point s’attacher aux vues ni au savoir.

Tant que subsiste un peu de savoir et de vues,
L’on ne peut que s’écarter, se couper du Vrai.

Allant dans mon sens, le mauvais devient le bon;
M’étant contraire, le bon devient le mauvais.

Le jugement de valeur dépend de nous-même,
Cependant que pour le Vrai c’est tout autre chose.

User d’une perche pour sonder les grands fonds, 
Soyez-en conscient, c’est pure sottise ! 

Ryokan, vers 1818 

 

 

Zazen du 16 avril

Le Shodoka, « Chant de l’éveil » écrit par Maître Yôka Daichi au VIIe siècle commence comme ceci : 

Ami, ne voyez-vous pas?
Cet Homme tranquille qui a atteint l’éveil a cessé d’étudier et d’agir,
Il n’écarte pas les illusions et ne recherche plus la vérité. 

Voici le commentaire du maître zen Kodo Sawaki (1880 – 1965) :

« Tu ne vois pas le principe de l’univers qui emplit toutes choses » !

L’expérience de Yôka est fondée sur le fait qu’il n’existe aucun intervalle, aucune discontinuité entre soi, Bouddha, l’univers et toutes les existences dans les dix directions.

Dans le bouddhisme, chacune de nos action est celle de tous les bouddhas des dix directions et du triple temps.
Cela signifie que moi, en tant qu’individu, je ne suis pas aussi négligeable qu’il n’y paraît.
Bien sûr les hommes aiment à penser à de grandes choses et celui qui a un tant soi peu de notoriété aussitôt les clame à tous vents, car il lui semble important que tout le monde le sache. Et chacun aussi,  pense beaucoup en son fort intérieur…
Mais ce que ces hommes ignorent, c’est qu’à ce moment là ils sont eux-mêmes l’univers entier.
Quand j’éternue, l’univers entier éternue. 
Toute action, aussi intime et secrète soit-elle, résonne dans l’univers.

C’est pourquoi une personne faisant zazen régénère l’éveil des bouddhas et donne une vigueur nouvelle à l’étude de la Voie.
A l’inverse, commettre une mauvaise action est une insulte à l’univers entier et un outrage à tous les bouddhas et êtres vivants du triple temps et des dix directions. Penser que chacun, en tant qu’individu, peut se permettre de faire n’importe quoi avilit l’univers. 
Par contre, en oeuvrant pour l’univers, l’action accomplie devient éternelle.

Le Shodoka met en évidence le principe fondamental selon lequel aucune de nos actions n’est séparée de l’univers.
Pour nous, la déchéance, c’est de nous couper de l’univers… Lorsque le moi se désolidarise et se situe à l’extérieur de l’univers, c’est la chute !
A l’inverse, quand on le porte en soi et qu’on le prend personnellement à sa charge, on éprouve ce qu’éprouvait Shinran Shônin : « plus je réfléchis aux voeux que fit le Bouddha Amida après avoir médité cinq périodes cosmiques, plus je suis convaincu qu’ils ont été faits exclusivement à mon intention et pour mon salut.»

Shinran Shônin (1173-1262)

En réalisant que ces voeux étaient formulés pour lui-même, Shinran comprit qu’il portait en lui l’humanité entière et que, par conséquent, il prenait sur lui la pratique de tous les êtres vivants.
En effet, il n’est pas nécessaire de parcourir le monde pour trouver des êtres humains vivant dans l’illusion, il suffit de fermer les yeux et en réfléchissant un peu, on voit celles-ci affluer en rang serré en soi-même.
Tout le monde peut comprendre cela, et sans même penser aux autres, regardons simplement en nous-même où elles fourmillent. Chacun de nous est un modèle réduit de l’univers.

Cette fusion avec l’univers est précisément ce qu’on appelle « devenir bouddha ». Tout, absolument tout devient bouddha : êtres animés et inanimés, herbes, arbres, pays et planètes, tout, sans distinction, est bouddha. Comprendre que l’on est soi-même bouddha, c’est contenir en soi tout l’univers. Ce principe nous dit le poème, « tu ne le vois pas », comme tu ne vois pas non plus que « l’homme tranquille qui a atteint l’éveil a cessé d’étudier et d’agir »…

Toutefois, si l’on a conscience de vivre dans les illusions, on est dans la situation d’un pauvre qui sait qu’il est pauvre. Mais c’est un raisonnement qui arrive à postériori, comme un maquillage.
De même un riche qui a conscience de sa richesse n’est qu’un poseur.

Il est aussi insupportable d’entendre dire : « j’ai l’éveil ».

On ignore qu’on a l’éveil ou qu’on vit dans les illusions…
L’état de conscience exact est « hishiryo » : pensée sans pensée ou pensée au-delà de la pensée.
Dans cet état il n’y a ni conscience de l’éveil, ni conscience des illusions.
« Hishirio », on dit aussi que c’est la pensée en l’absence de concepts et de vouloir propre. Il ne faut pas cependant croire que l’esprit disparaît dans les nues comme un ballon.

Zazen du 14 avril (19h)

Propos de Maître Shohaku Okumura : 

Dans le Genjokoan *, Maître Dogen écrit  : 

« Lorsqu’une personne atteint l’éveil, cela est semblable au reflet de la lune dans l’eau. 
La lune n’en est pas pour autant mouillée, l’eau n’en est pas pour autant troublée… 
Bien que la lune soit une vaste et grande lumière, elle se réfléte dans une goutte de rosée. 
La lune entière, et même le ciel en son entier, se réfléchissent dans une minuscule goutte d’eau… »

La goutte d’eau représente ici le soi, et la lune représente les dix-mille dharmas, c’est à dire les myriades de choses. 
Le soi  « goutte d’eau » dont parle maître Dogen est ici un « noeud » dans le réseau de la provenance interdépendante des phénomènes.
Il n’y a pas de soi sans relation avec ce réseau de myriades de choses… La relation du soi à ce réseau est le soi .
Le soi avale des myriades de choses et les myriades de choses avalent le soi… Qu’est-ce qui est avalé à la fois par le soi et par les myriades de choses…?! 

Dogen dit que la lune est reflétée dans chaque goutte d’eau aussi petite soit-elle.
L’éternité est reflétée dans l’impermanence comme la vaste lumière de la lune pénètre la toute petite goutte de rosée…

En tant que bodhisattva, nous devons comprendre que nous sommes limités, illusionnés, que nos vies sont courtes… C’est important. Mais il nous faut pareillement reconnaître que nous marchons sur un long sentier. Notre pratique est d’examiner la hauteur et l’immensité de la lune.

Bien que nous soyons des individus impermanents et égoïstes, notre vie est d’une profondeur incommensurable et sans limites !
La profondeur de notre vie est la même que la hauteur de la lune. Il nous faut examiner à quel point la lune est haute et vaste et à quel point notre vie est profonde et subtile.  

 

* « Genjo » : idéogrammes ayant trait à la manifestation de la présence dans son unité, et « Koan » signifiant, d’une manière générale une énigme à réaliser sans avoir recours à la représentation.

 

Zazen du 9 avril

« Chaque personne, sans exception, est un réceptacle de la Voie. »
Ce sont les mots de Keizan Zenji. Originellement, nous sommes une existence irremplaçable. Chacun de nous peut donc avoir une vie brillante. En même temps, divers déséquilibres sociaux provoquent de nombreuses formes d’anxiété et nous vivons dans la souffrance. Nous subissons les épreuves et peines causées par la fréquence élevée des calamités naturelles, et réfléchissons en conséquence sur nos souffrances et nos chagrins. Notre mode de vie est remis en question alors que nous nous tournons vers un monde où personne ne serait laissé en arrière.
Apprenons ensemble.
Nos actions dans lesquelles nous poursuivons nos intérêts personnels ont entraîné de nombreux conflits. Étudions et apprenons sur l’état du soi originel qui existe dans le fait de vivre ensemble avec les autres. C’est dans nos activités que la paix mondiale est réalisée.
Prions ensemble.
Nous vivons grâce aux nombreux bienfaits que nous recevons, à la fois en termes de relations humaines et de choses matérielles, y compris notre environnement naturel. En coopérant avec tous ces aspects de nos vies, n’oublions jamais le sentiment de gratitude. Vivons avec le vœu de bodhisattva de créer un monde où les gens puissent vivre en paix sans distinction de génération.
Pratiquons ensemble.
Le Bouddha Shakyamuni a enseigné sur la sagesse et la compassion. Grâce à la pratique de la compassion et en interagissant avec bienveillance avec chaque personne que nous rencontrons, l’esprit de sagesse est naturellement encouragé, si bien que nous pouvons vivre une vie paisible dans laquelle nous nous honorons les uns les autres.
Dogen Zenji a déclaré que « nous devrions simplement offrir à tout le monde un visage exprimant la douceur ». Asseyons-nous tranquillement devant le Bouddha, joignons nos paumes pour honorer nos ancêtres et marchons ensemble avec comme aspiration que ce monde soit un monde bienveillant où chacun puisse vivre heureux.
Gassho

Méditation du 7 avril

 

Enseignement de Tai Un Roshi :

« Quelqu’un m’a dit hier : « J’ai toujours peur que mon cœur ne se ferme. » Je réponds à cette personne : « Vous avez raison d’avoir peur, il n’y a pas pire que de fermer son cœur. Mais est-ce que cette peur est fondée ? » Elle me répondit : « Si je suis seule, je m’enferme en moi-même. J’ai besoin que quelqu’un me tende la main, me ramène dans la réalité de Bouddha, me maintienne en unité avec les existences. Sans l’aide de la sangha, sans l’aide de l’autre, j’ai peur que mon cœur ne se ferme. » Cela m’a touché profondément.

Normalement, un enfant a un père et une mère. C’est un peu schématique, mais dans la tradition, on pouvait le voir comme cela : le père donne une éducation, il vise à édifier l’enfant – la mère redonne sans cesse espoir à l’enfant qui faute et dont le cœur se ferme. Dans notre école, Maître Dôgen est représenté comme le père, Maître Keizan comme la mère. Nous sommes comme des enfants qui n’avons pas accédé à la réalisation, à la dimension de Bouddha. Mais parfois dans le monde, nous oublions notre père et notre mère.

Quand Ryokan a quitté sa famille pour devenir moine, il raconte : « Je n’oublierai jamais la sévérité – mais la droiture – de mon père. Je n’oublierai jamais non plus la tendresse et les larmes de ma mère… » Nous en revanche, nous oublions parfois la droiture et la sévérité de l’éminent Patriarche Dôgen et la chaude compassion du grand Patriarche Keizan.

Mais de toutes façons, Bouddha Shakyamuni nous rappelle que nous devons être notre propre lampe, même si l’image du père et celle de la mère s’effacent. Repensant à cette question – « J’ai peur que mon cœur ne se ferme. » –la seule réponse que je connaisse, c’est de faire sanpai. On dit que la Voie commence à sanpai et finit à sanpai. Poser sa tête enfiévrée sur le sol et refaire l’unité.

Dans de nombreux enseignements bouddhistes, il nous est dit que nous devons aller au plus profond de nous-même pour déraciner les conceptions erronées. Si nous avons fait une erreur et que nous ne voulons pas la reconnaître profondément, si nous n’en voyons pas les racines profondes, c’est pareil au chiendent. Si on laisse quelques petites racines de cette mauvaise herbe dans le champ, très vite le chiendent envahit la prairie. Il devient alors impossible de s’en débarrasser. Si l’on a peur que notre cœur se ferme, il faut regarder pourquoi il se fermerait.

N. nous a dit hier avec beaucoup de franchise : « Même quand j’ai tort, je peux maintenir une position fière, ne jamais vouloir reconnaître mes dysfonctionnements et au contraire continuer à avancer dans l’erreur. » Voilà pourquoi le Bouddha dit : « Pour une personne fière, il est quasiment impossible de pratiquer la Voie. » Sans cesse son cœur se refermera tant qu’elle n’aura pas abandonné ni reconnu son erreur, tant qu’elle ne sera pas allée à la racine.

Aussi lorsqu’une personne décide de se repentir, laissons-la s’asseoir et voir par elle-même ses propres erreurs sans s’y accrocher et les laisser s’évaporer à la lumière de la sagesse. N’ayez donc pas peur, à tout moment il est possible de revenir à la racine et de laisser s’évaporer ses mauvaises compréhensions, sa mauvaise foi – la mauvaise foi est celle qui ne reconnait pas ses erreurs – son orgueil, sa fierté qui empêchent les erreurs de s’évaporer.

Maître Deshimaru était très exigeant sur ce point. Si vous ne faites pas le vrai sanpai – pas le sanpai des apparences, pas un sanpai de façade, pas un sanpai intéressé, mais celui où véritablement votre esprit retourne à celui de l’univers – vous verrez sans cesse votre cœur se fermer et se refermer.

Donc s’il vous plait, portez un regard compatissant sur vos erreurs et permettez-leur de s’évaporer dans leur totalité.

C’est pourquoi je dis à cette personne : N’aie pas peur. Utilise le trésor qu’est le Dharma en toute situation, particulièrement lorsque tu es seule, enfermée, désespérée, sans recours extérieur.

 

Méditation du jeudi 2 avril 19 h

De la qualité de la posture dépend la qualité de la conscience.
Les paupières doivent être relâchées, légèrement entrouvertes. Les globes oculaires eux-mêmes doivent être sans tension. Il ne doit pas y avoir de fixité dans le regard. C’est ce qu’on appelle « tourner son regard vers l’intérieur. »

La tête, de même, doit rester sur les épaules, la nuque dans le prolongement du dos. Elle ne doit pas tomber en avant.
Si la tête tombe en avant, quelque part on poursuit quelque chose, on nourrit nos pensées. Ce n’est pas la pratique de l’éveil.
L’éveil doit être présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Donc chaque détail de la posture est important, chaque détail est à vivre délicatement, sans se faire de mal.

Pour l’éveil, ni l’intelligence, ni une vaste érudition ne sont de première importance. On entre dans la voie du Bouddha en unifiant corps et esprit. En amenant son attention, son esprit, en chaque point de la posture. Ce faisant la conscience discriminante s’assèche.
Corps et esprit unifiés, nous sommes de même nature que tout l’univers. A ce moment-là, l’intérieur est en continuité avec l’extérieur.
C’est de cette continuité que naissent à l’esprit toutes les formes… par la résonance.

Sakyamuni Bouddha dit :

« Dès que le flot de la conscience discriminante est tenu en respect, le son et celui qui l’entend sont tous deux oubliés ».

C’est là la forme la plus haute de l’éveil : la compassion, Kannon.
Le son du monde est entendu mais rien ne stagne à la conscience. C’est seulement en embrassant le monde de tout son cœur qu’il résonne à son tour dans notre cœur…

Maître Dogen précise : 

Pratiquer la voie, c’est s’étudier soi-même
S’étudier soi-même, c’est s’oublier, se dépouiller soi-même
S’oublier soi-même, c’est être certifié par les myriades de phénomènes.

En s’abandonnant dans la posture, on réalise notre profonde unité avec le monde, avec l’univers entier.  

 

 

 

 

Méditation de Mardi 31 mars 19 h

Dès le début de zazen on tourne le regard vers l’intérieur.
On ne tourne pas ce regard vers notre film imaginaire (peu importe sa teneur) mais vers le centre de notre posture, en unité avec la respiration. 
Notre attention se fixe sur la verticalité, sur la juste tension de la colonne vertébrale. Les tensions de la colonne (en bas du dos et dans la nuque) sont les seules tensions utiles. Les autres zones (bras, jambes, abdomen…) sont relâchées. 

Cette concentration sur la posture permet de ne pas vaciller au gré des pensées. L’ énergie que nous plaçons dans la posture droite et immobile,  permet aussi de ne pas suivre les passions et les peurs liées à ces pensées. 
Ces émotions, ces passions, raniment bien souvent la flamme de l’agitation mentale, de la confusion, et nous enchaînent.
Aussi, on les laisse se dissoudre, quitte à observer certains désagréments durant l’assise. 

Il est possible qu’on éprouve de la gène, de l’impatience… Tout cela passe naturellement.
Peu à peu, l’esprit se clarifie, on revient à un esprit pur, neuf, ouvert.

Suite de l’enseignement de Tai Un Roshi : 

L’état d’éveillé auquel est arrivé Shakyamuni Bouddha est une forme de l’esprit, la plus haute. Cette forme est dotée de l’omniscience. Le mental est une autre activité de l’esprit. Dans la vie quotidienne le mental est utilisé en permanence. Donc le mental n’est pas à rejeter. Parfois il est au service de l’avidité ou de l’aversion, manipulé par l’ignorance…. Dogen dit que le mental peut aller dans le sens de la voie aussi. Quand il est nettoyé, libéré des trois poisons.

Aussi bien le mental au service des trois poisons que le mental au service des trois trésors, de Bouddha, Dharma, Sangha, ou l’état d’éveillé au-delà du mental… Tout cela c’est Bouddha.

Le problème c’est quand le mental est nourri d’avidité ou d’aversion. Donc à la fois pour tenir en respect l’avidité et l’aversion dans la vie ordinaire, mais aussi pour faire face à la condition de toutes les existences – c’est-à-dire la naissance, la maladie, la vieillesse, la séparation, la mort – les Bouddhas et les Patriarches dans leur grande compassion nous invitent à retourner à l’esprit vaste, à l’état éveillé.

Les Bouddhas nous invitent à comprendre le bienfondé de retrouver cet esprit vaste qui n’est pas centré sur le moi, le « je », cet esprit vaste dont le centre est partout, dont les limites sont nulle part. Dans les textes ont dit : « Egaré dans Bouddha. » 

Mais il faut bien comprendre que tous ces états se mélangent, se chevauchent.

Maître Deshimaru avait décrit en poème le paysage de l’esprit, où l’on voit coexister les différents aspects :

Un daim blanc repose paisiblement sous les branches d’un magnolia.
Il en mâchonne les fleurs.
Là-haut dans les arbres, un singe brun secoue les branches pour en faire tomber le fruit encore vert.

Le daim blanc sous les fleurs blanches et pulpeuses du magnolia ne cherche rien. Il mâchonne les fleurs devant ses lèvres. Fondu dans la réalité il goûte à l’existence pure. Le singe brun, le dernier arrivé dans la création cherche à obtenir, plus loin, plus haut. Si le singe brun occupe toute la place, il y a quelque chose de déséquilibré. Mais pareillement si le singe brun n’est pas là, il manque quelque chose.

Quoi qu’il en soit c’est à chacun de nous de réaliser l’harmonie avec sagesse et compassion. A chacun de nous de comprendre que le dernier arrivé, le fils, doit suivre aussi le père.

 

Méditation de Jeudi 26 Mars 2020 – 19 h

  • Enseignement de Tai Un Roshi.   

Il y a chez l’être humain une tendance innée à préférer l’amour à la haine.
En fait, profondément, chacun aspire à faire le bien, à écarter le mal. Et à agir ainsi pour le bénéfice de toutes les existences.
C’est comme cela que l’on dit que l’être humain a la vocation de réaliser bouddha.
Celui qui s’éveille à cette pure réalité tourne son regard vers l’intérieur.
Il regarde ses rêves et voit ceux qui s’emboîtent avec le rêve des Bouddhas. Il voit aussi ceux qui sont nourris de l’énergie des trois poisons  : l’avidité, la haine, l’ignorance.
Il faut alors beaucoup de discernement pour démêler les rêves aux fins néfastes de ceux qui ont une fin heureuse.

Réaliser Bouddha n’est pas chose facile.
Parce que Bouddha n’est pas quelque chose.
C’est la forme la plus haute du fonctionnement, c’est  le fonctionnement absolu.
Aussi nous ne pouvons pas fabriquer bouddha. Nous ne pouvons pas l’obliger, le contraindre. On ne peut qu’aspirer à vivre en bouddha, on ne peut que le rêver, faire le vœu de vivre comme bouddha.
C’est là toute la subtilité de notre pratique.

La plupart du temps notre esprit est préoccupé par le moi et le mien. Quand ce petit esprit, cet esprit personnel se calme, l’esprit vaste déploie son activité librement.
Tantôt l’activité libre se déploie, prend la première place, tantôt c’est l’activité du petit esprit qui prend la première place. On entend par là l’esprit réflexif qui se met en dualité.

Parfois nous nous fondons dans la réalité, nous n’en avons aucune représentation, tout au plus peut-on jouir de la paix et de la plénitude dans cet état.

Quoi qu’il en soit c’est le petit esprit discriminant qui la plupart du temps dirige nos vies, ou plutôt nous croyons qu’il dirige nos vies. C’est pourquoi l’être humain doit revenir à la source. Il doit pratiquer zazen et s’absorber pour retrouver l’esprit vaste. Nous devons toujours maintenir le contact avec l’ultime réalité, et ne pas dépendre uniquement du monde des représentations.

Les deux vérités existent simultanément : la réalité de Bouddha, libre de toute obstruction, à laquelle se superpose le monde des décorations, des représentations.

Par exemple en zazen, on n’essaye pas de penser ni de se couper des sensations. Si quelque chose surgit dans l’esprit, on le laisse, on n’intervient pas.
Quand l’esprit prend formes et couleurs au gré des circonstances, c’est son activité essentielle, son activité première.
En zazen nous n’ajoutons pas à cette activité première une activité seconde du genre : « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ça apparaît ? »

On se contente de voir : sans bouger, sans commentaire, silencieusement.

Telle est l’activité de Bouddha : la lumière et le silence.
La lumière et le silence qui existent de toute éternité.

Il suffit d’y aspirer de tous ses vœux.
Vivre par la force, par la sincérité des voeux de bodhisattva.