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Les Quatre Nobles Vérités

Les quatre nobles vérités 

Le zen a pour origine l’enseignement du Bouddha, fruit de sa pratique méditative menée il y a 2500 ans, dans l’Inde ancienne.
Cet enseignement n’a rien d’un enseignement occulte faisant appel à des arrières mondes,  à des notions ou pratiques plus ou moins magiques.
Il se base sur une analyse de la condition humaine dans son vécu et cheminement, et il se conçoit de manière rationnelle.

« Connais toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les Dieux »

Cette invitation à l’introspection, inscrite sur le seuil du temple d’Apollon à Delphes dans la Grèce antique, fait écho à la démarche du Bouddha, basée sur sa propre expérience.

« Etudier la voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même… »

précise le maître Dogen Zengi qui, au 13e siècle, implanta au Japon la graine du zen.

Précisons que le bouddhisme ne manque pas de reconnaître l’ineffable et le mystère en lequel s’enracine notre existence. Cependant, c’est une voie d’éveil pour mener notre vie simplement, en accord et en fluidité avec l’ordre des choses

Les quatre nobles vérités sont le premier enseignement que professa le Bouddha Sakyamuni. Ces vérités sont dites « nobles » dans le sens où elles ont le pouvoir de nous élever.

Elles peuvent être mises en parallèle avec les « voeux du Boshisattva » qui seront énoncés quelques siècles plus tard, et que nous chantons encore aujourd’hui à l’issue de la méditation.
On constate que ces quatre voeux évoquent, à leur manière, le même idéal d’éveil et de compassion que celui exprimé par le Bouddha Sakyamuni.

¤ La Première Noble Vérité exprime le fait que la vie est « Dukkha » : terme sanscrit qui évoque une forme d’insatisfaction latente, de souffrance due à la précarité existentielle, voire une certaine confusion ou agitation mentale

« Insatisfaisantes sont les choses conditionnées… ».

Observer cette réalité et y faire face, plutôt que d’y répondre aveuglément est déjà une forme d’éveil.
Dans le bouddhisme, c’est le point de départ naturel de notre recherche spirituelle.

Généralement traduit par « souffrance », « Dukkha » signifie également « détresse », « agitation », « mal-être », voire un certain sentiment d’enfermement…
Dukkha se caractérise ici par le fait de se démener à l’intérieur de la confusion fondamentale de notre esprit, tout en cherchant des échappatoires qui perpétuent la détresse, au mépris de remédier à la cause profonde.

« Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les aider à se libérer. »

 

¤ La Seconde Noble Vérité indique que la cause profonde de cette souffrance est la « soif » ou la « saisie » : une forme d’appétit insatiable et confus qui colore notre rapport au monde jusque dans notre perception même. 
Il s’agit de passions non maîtrisée, issues de la confusion première quand à la nature et l’ordre des choses.

On parle de trois racines primordiales à l’origine de la souffrance, ou des « trois poisons », lesquels agissent bien souvent avant qu’on en prenne conscience :

> Avidité : attachement aux désirs, soif d’expériences sensorielles, soif d’existence éternelle (immuable, paradisiaque…) soif de reconnaissance ou soif d’inexistence (dégoût de soi…)

> Haine : répulsion qui peut prendre la forme de colère, de peur, d’agressivité … 

> Ignorance : confusion liée à l’ignorance de notre vraie nature. On s’enferme dans des conflits liés à la vision dualiste, manipulés par les énergies des passions et frustrations diverses…

Le maître Tibétain Chögyam Trumpa précise à ce propos :

«  La souffrance commence par un imperceptible petit mouvement de pensée, très simple et très banal, issu de notre confusion fondamentale. Avant qu’une intention ne surgisse, règne un état de profonde incertitude, un état d’esprit empreint d’opacité et de stupeur. Cette incertitude ou confusion se produit à chaque fraction de seconde… »

On comprend de la sorte l’importance de la pleine conscience et de la vigilance qui sont au coeur de notre pratique.
Précisons encore qu’il ne s’agit pas pour autant d’une voie ascétique, où il s’agirait de se priver de tout plaisir ou de nier nos besoins fondamentaux.

« Aussi nombreuses que soient les passions affligeantes, je fais le voeu de les dépasser. »

¤ La Troisième Noble Vérité indique que cet état de fait n’est pas une fatalité, que l’on peut effectivement y remédier en pratiquant un cheminement spirituel, une voie d’éveil à notre véritable nature. 

C’est la Vérité de la Cessation de la souffrance.

L’errance et la souffrance dont nous parlons ici – et qui imprègne plus ou moins fortement notre vie, à toutes et tous – ne sont donc pas inhérentes au monde ou à l’existence humaine. Il existe une issue, une autre perspective : c’est la vision éveillée.

Cette vision éveillée, le bouddhisme enseigne que tous les êtres sont capables de la réaliser. Ainsi dit l’adage : « tous les êtres ont la nature de  Bouddha ».

Cela signifie également que tous les êtres ou phénomènes expriment la réalité ultime : tous les phénomènes nous enseignent, dès lors qu’on réalise intimement que soi-même et l’univers ne font qu’un, dès lors qu’on lève les voiles qui faussent notre perception de la réalité.

C’est ce qu’exprime le Maître Dogen dans la suite de son propos :

« Etudier la voie, c’est s’étudier soi-même…

S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même,
S’oublier soi-même, c’est être certifié par toutes les existences du cosmos »

L’éveil est partout, c’est notre ignorance – entraînant perceptions et compréhensions erronées, passions conflictuelles – qui nous maintient en l’état d’errance et de souffrance nommé « samsara » : le cycle des « renaissances karmiques » qui se perpétue d’instants en instants.

Libéré de l’illusion, c’est l’extinction de la souffrance, le « nirvana vivant ».

La « cessation » ou « extinction » dont parle le bouddhisme n’a donc rien d’un anéantissement, comme certains courants de pensée occidentaux, depuis le 19e siècle, l’ont compris. 
Il s’agit seulement de la dissolution des voiles qui nous accablent ! Une dissolution qui s’opère à travers l’absorption méditative et unifiante qu’est zazen.
Fondamentalement, la profonde pratique de zazen est l’actualisation de l’éveil universel et omniprésent.

Il en résulte une vision non-dualiste, immédiate et profonde, qui implique l’abandon des énergies perturbatrices, le lâcher prise, l’apaisement de toute tension, de toute intention, de tout mobile.

C’est voir et accepter les choses telles qu’elles sont, c’est à dire en tant que « dharmas »

« Aussi nombreux que soient les dharmas, je fais le voeu de les pénétrer. »

¤ La Quatrième Noble Vérité est celle de la voie qui mène à l’éveil. 
Dans son descriptif le plus ancien, elle comporte huit branches qui peuvent être réunies en trois groupes :

> Ethique :

° Parole juste      (bienveillance)
° Actions justes ( comprendre et empêcher les schémas négatifs)
° Conduite juste ( moyens de subsistance non nuisibles )

> Pratique :

° Effort ( pratiquer avec assiduité, développement de l’énergie)
° Attention (à la réalité intérieure et extérieur, remémoration des
expériences passées, vigilance ou « pleine conscience »)
° Absorbtion unifiante (contemplation sans dualité, « zen » ou « zazen »)

>Sagesse :

° Vision juste :  voir les choses telle qu’elles sont – impermanentes, interdépendantes, sans dualité – voir la vacuité, ne pas s’attacher à nos théories et biais de compréhension.
° Pensée juste : dominée par le lâcher prise plutôt que par la confusion et les poisons de l’esprit.

 » Aussi parfaite que soit la voie du bouddha, je fais le voeu de la réaliser. »

Hormis l’invitation à gagner notre vie sans nuire à autrui, la pratique de zazen inclut tous les aspects de cet octuple sentier.
Inversement, notre pratique prend sens dans ce cadre plus large de l’éthique et des enseignements.

A travers zazen nous pouvons toucher la joie pure de l’existence, nous relier à l’énergie cosmique (le Ki), observer et laisser passer nos illusions, nous nettoyer des énergies nuisibles…
Bien qu’elle soit exigeante, cette pratique est libératrice et se répercute naturellement sur tous les aspects de notre vie.
Elle est d’une grande aide, aussi bien pour nous-même que pour les autres. Elle offre de grands bienfaits.

Le maître zen Taizen Deshimaru répétait sans cesse que :

« Pratiquer zazen permet de trancher les illusions à la racine
 … Inconsciemment, naturellement, automatiquement ! » 

C’est la pratique de « Maka Hannya » : la « grande sagesse qui permet d’aller au-delà »… Au delà de toutes nos projections mentales, de nos voiles, de nos illusions, revenant par là à notre nature originelle : sans dualité, corps et esprit en unité avec toutes les existences.

« Soyez votre propre lumière »
Bouddha

 

Sources : 

Chögyam Trungpa : La certitude de la voie - se libérer de la souffrance Ed. Seuil - 2011
Thich Nhat Han : Le coeur des enseignements du Bouddha, Ed. Pocket Spiritualité - 2000 
Taisen Deshimaru : Le trésor du Zen - textes de Maître Dogen commentés Ed. Albin Michel Spiritualités vivantes- 2003 
Gerard Pilet : Actualiser la voie - commentaire du Genjo Koan, Ed Kan Jizaï 2007

 

Agenda de août 2020

Cher(e)s ami(e)s, 
 
J’ai le plaisir de vous confirmer les prochaines séances de zazen au CEME, 147 rue des Français à Dampremy. 
 
Horaires : 
 
Le dimanche : Vestiaire à 18 h – assis en posture à 18 h 15
Le mardi : Vestiaire à 18 h 45 , assis en posture  à 19 h
 
Dimanche  9 août – 18 h 
Mardi  11 août – 18h 45
Dimanche  16 août 18h
Mardi  18 août – 18h 45
 
Si vous n’êtes plus venus depuis un moment, vous êtes bienvenu(e). 
Merci cependant de me contacter : 0498 22 16 76 
> Numéro utile aussi si vous cherchez la salle sur le moment – le CEME est grand ; )  Merci ! 
 
Cordialement 
Gassho 
 
Jean-Philippe 

Enseignement du 21 juin

« J’entre dans la montagne profonde où j’habite un ermitage,
Sous le grand pin d’une cime escarpée plongeant dans l’abîme,
Je m’assois tranquille et sans soucis dans mon humble demeure,
Retraite silencieuse, sereine simplicité »

Extrait du Shodoka, Yoka Daichi

L’ermitage dont il est question ici est un lieu où il n’existe aucune trace humaine. Dogen Zengi précise : « les poussières du monde ne l’atteingnent pas ». Dans cet endroit la neige tombe en silence, l’homme est immobile. De quel monde s’agit-il? C’est le monde de l’être humain seul avec lui-même, sa montagne profonde où il se retire loin du bruit et des activités de la vie… Seul avec soi-même, telle est la voie de la religion authentique. Quand on est face à quelqu’un, on entre en scène et on joue un rôle. La plupart des choses sont faites sous le regard d’autrui, mais le lieu où personne ne vous voit, où vous vous avec vous-même, c’est votre montagne profonde. 

Quand on n peut plus se mentir à soi-même et que ce soi-même ne peut plus vous tromper, c’est la montagne profonde.

Yoka Daichi dit :

«  Où que tue sois, quand tu es sans pensée, c’est la montagne. Où que soit cette montagne bleue, tu es chez toi ».

C’est exactement le sens de « j’entre dans la montagne profonde »

Il n’est pas nécessaire que le lieu soit isolé ou hors de portée des bruits… Que ce soit sur une grand place, dans le train, qu’importe ! On s’empoigne et on lâche pas prise…

… Ce n’est pas la montagne profonde si les choses se partagent entre celles qu’on aime et celles qu’on n’aime pas, c’est un village. … Où que l’on soit, on est paisible et heureux dans la posture digne où on ne « saisit » pas.

Extrait du commentaire du Shodoka, par Kodo Sawaki. 

Enseignement du 16 juin

Nous nous faisons toujours duper par la réalité. 

Nous détestons souffrir et nous aimons le plaisir ; nous détestons le travail et nous aimons dormir. 

Aussi sommes nous toujours en train de fuir ou de poursuivre quelque chose dans un tourbillon d’activités :…

On agite les pensées, on poursuit des situations imaginaires, on fait des stratégies, on calcule…

Nous faisons le contraire de « l’homme tranquille qui a cessé d’étudier et d’agir… Qui n’écarte pas les illusions et ne recherche plus la vérité… »

C’est ainsi que se comporte l’être humain, alors que le plus grand bonheur est justement de ne pas bouger .

Tel est l’enseignement des Bouddhas du passé… 

Laisser les choses apparaître et disparaître d’elles-même… Voir avec nos yeux de profonde sagesse la vraie nature des choses…

Maître Menzan dit : la lumière originelle brille d’elle-même, alors il n’y a pas besoin d’un combat mental.

C’est vivre et mourir dans l’instant, vivre et mourir à chaque instant.

Enseignement du Dimanche 7 juin

(Enseignement de Tai Un Roshi.) 

Comment donner un sens à notre vie ? 
Comment trouver la paix de l’esprit ?

Maître Dogen répond dans le Fukanzazengi, nous indique de « reculer », tourner la lumière vers l’intérieur et éclairer.
Reculer : c’est laisser tomber nos questions sans intérêt, mais aussi nos certitudes, nos affirmations, nos croyances… 
C’est abandonner momentanément le monde du mental : arrêter de nous angoisser sur l’avenir, arrêter de vouloir le connaître à l’avance… 
Tout cela est motivé  par la peur…

Il vaut mieux s’engager dans un grand projet (!) : celui d’y voir clair ici et maintenant .
C’est avec cette lucidité que l’on peut se consacrer de tout coeur à la vie qui nous échoit. 

Voilà pourquoi maître Dogen nous demande de ne pas chercher chez les autres, de ne pas regarder chez les autres ou dans les livres, mais de regarder en tournant la lumière vers l’intérieur. Regarder en nous sans peur, avec confiance.

Car nous sommes la vie, la vérité ! Regarder en nous car nous sommes la vérité, la vie !
Tourner la lumière vers l’intérieur et éclairer l’esprit : le nôtre, celui de l’univers…

A ce moment là on peut voir le véritable aspect de toutes choses : toutes choses qui apparaissent et disparaissent d’elles-mêmes … C’est naître et mourir dans l’instant, à chaque instant.

Agenda de Juin 2020

Suite à la crise sanitaire, nous avons repris le zazen dans un nouveau lieu, nous offrant plus d’espace :

Centre de congrès CEME –  147 rue des Français – 6020 Dampremy. 

Si vous n’êtes pas à jour de cotisation, bienvenue…   Il est cependant obligatoire d’annoncer votre venue par téléphone au 0498 22 16 76 afin que nous organisions le dojo en fonction.

D’avance, merci beaucoup ! 

Nous continuons à faire des initiations au zazen sur demande.

Si vous arrivez sur ce site par hasard, que vous ignorez tout du zen ou êtes simplement curieux,  nous vous proposons de visionner cette présentation.  

https://www.youtube.com/watch?v=jyCbBSoloZc

Si cette pratique vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter à ce même numéro : nous pourrons prendre rdv. une heure avant zazen.  
(Il  demandé une contribution de 7 € pour l’initiation et le zazen.) 

Les dates et heures des zazen du mois de juin : 

Dimanche 14 juin : 18h – 20 h 

Mardi 16 juin : 19 h – 21h

Dimanche 21 juin : 18h – 20 h 

Dimanche 28 juin : 18 h – 20 h 

Mardi 30 juin : 19 h – 21 h 

Cordialement

Le responsable : Zengan – Jean-Philippe Goffaux 
Dojo affilié à L’ AZK (Association Zen Kanshoji) et AZI (Association Zen Internationale) 

 

 

 

 

Zazen du 4 juin

« Notre vie, c’est la vie de l’univers, sans séparation avec toutes les existences. »

Pour clore cette période de confinement, voici trois courts poèmes de Dogen Zengi. Ils sont datés de 1252 et issus du recueil intitulé « Les chants de la voie du Pin parasol » :

*

Dans le vent du printemps
Avec les pétales est tombée
Une parole, que je venais de citer
Ne pourrait-on imaginer
Que c’était le chant de la fleur ?

*

Fleurs, feuilles rouges,
Neige de l’hiver
Quelle dérision !
La couleur de mon esprit
Ne dépendait que des saisons.

*

J’espère,
Ne pas glisser et jeter mon ombre
Dans le torrent de la montagne.
J’ai trop de respect…
Pour ce qui coule vers le monde

*

(Réf.  Polir le lune et labourer les nuages – Maître Dogen. Oeuvres présentées et traduites par Jacques Brosse. Ed. Spiritualité vivantes – Albin Michel )

 

Zazen 2 juin

(Extrait du zazen en ligne du samedi 30 mai à Kanshoji.) 

Mener une vie juste et authentique demande d’avoir la foi. 

Dans le bouddhisme la foi n’est pas la foi en « quelque chose ». Ce n’est pas la foi en une croyance, ou en des superstitions. On ne croit pas qu’une puissance extérieure puisse nous « sauver » ou bien résoudre le problème de la vie et de la mort à notre place. Ainsi nous arrêtons de vivre comme des mendiants.

La foi, c’est la non séparation d’avec la réalité.
C’est donc la force et la sagesse, les deux sont nécessaires :

La force de l’esprit qui coupe court à toutes divagations.
La sagesse, celle qui amène sur l’autre rive : la rive de la compassion.

Nous pouvons voir par cette pandémie que notre vie est infiniment fragile, que notre avenir est incertain. 
Nous avons eu la chance extraordinaire, unique, de prendre forme humaine. Cette vie est semblable à la goutte d’eau suspendue au bec de l’oiseau aquatique. Prête à tomber à tout moment, à retourner à l’océan originel.

Face à cette réalité inéluctable, certains choisissent une vie matérialiste qui se résume à profiter, à éprouver un maximum de plaisir. Une telle vie est égoïste, sans lumière ! Elle ne peut satisfaire l’être humain.
Même si notre vie traverse l’éternité comme un éclair, elle est merveilleuse… Merveilleuse, à condition qu’on la vive dans la vérité, sans se raconter d’histoires.
Notre vie, c’est la vie de l’univers, sans séparation avec toutes les existences. 
Devant cette réalité, les Bouddhas nous demandent de bien réfléchir à notre façon de vivre. La façon de vivre des Bouddhas, c’est de vivre de tout son coeur, c’est à dire avec foi : avec force et sagesse.

Ce que l’être humain doit chérir plus que tout, c’est l’instant présent. Car c’est dans cet instant que nous recevons la vie de l’univers. 
Chérir l’instant présent c’est maintenir une attention bienveillante à tout ce qui advient. C’est respecter toutes les formes de vie, même les plus minuscules. C’est être au service de toutes les existences… C’est l’amour véritable.

 

 

Zazen du 28 mai

Les « quatre nobles vérités » sont un des enseignements de base du Bouddha.
Elles sont dites « nobles » car elles permettent de nous éveiller.
Ces quatre vérité on trait à  la souffrance, ses causes, la possibilité de s’en libérer et la voie pour s’en libérer. 

En ce qui concerne les causes de la souffrance, ce sont fondamentalement la « soif »,l’avidité passionnée, et l’ignorance logée au coeur de cette soif qui sont exposées.
Dans le zen on évoque également la haine ou la colère, on parle ainsi des « trois poisons » que sont l’ignorance, l’avidité et la haine.  
Parfois on y ajoute encore l’orgueil et la jalousie, soulignant que pour une personne orgueilleuse, attachée au moi et au mien, il est quasiment impossible d’entrer dans la voie… 
En fait, un série innombrable d’illusions résulte de l’ignorance et de la soif par lesquelles on saisit les phénomènes d’une manière erronée.  

Mais toutes ces illusions qui empoisonnent la vie comportent aussi un aspect de présence éveillée.
Si grâce à la vigilance, nous n’entrons pas dans la saisie ou l’attachement par rapport aux émotions conflictuelles, suscitées par les phénomènes, une sagesse s’en dégage.
C’est le coeur de la  pratique. 

La troisième noble vérité concerne cette sagesse, la possibilité de se libérer de la souffrance : l’ignorance qui est à l’origine de notre souffrance n’est fondamentalement qu’une perception erronée des choses.
Nous prenons pour réelles des choses qui ne le sont pas.
Ainsi est-il dit que « tous les phénomènes sont vides et dépourvus de soi »…
Cela n’est en rien une vue nihiliste : c’est faire l’expérience de la réalité telle qu’elle est : une expérience de libération, en unité avec toutes les existences…

Les notions de moi été de mien que nous plaquons sur les phénomènes ne font en réalité pas partie des phénomènes eux-mêmes. Ce sont des vues de notre esprit. 
Il s’ensuit qu’il est possible d’éliminer l’ignorance qui est à l’origine de la souffrance, de nos poisons mentaux…

Une fois l’ignorance éliminée, la paix qui s’installe est celle d’un bonheur immuable et authentique. C’est ce qu’on entend par « le nirvana est la paix véritable ». 

(Références : « La grande paix de l’Esprit », La Dalaï Lama, ed. La table Ronde 2008 ) 

Zazen du 26 mai

Quand l’esprit ne s’arrête nulle part, alors le véritable esprit apparaît. 

Dans le zen (dans le bouddhisme mahayana en général), on met bien souvent en garde contre l’illusion de penser réaliser le nirvana, l’éveil, séparément de la vie quotidienne, ou bien de la pratique du recueillement, corps et esprit en unité.

Ainsi maître Dogen insiste sur le fait que pratique et éveil ne sont pas deux choses séparées.

C’est plongé au coeur des formes, sans créer de séparations artificielles, que nous pratiquons et réalisons l’éveil… Nulle part où s’arrêter… 

Le moine Tich Nath Han enseigne :

De même que la rose ne peut être séparée des nuages, du soleil, de la terre et de la pluie, l’enseignement du Bouddha ne peut être découvert hors de la vie quotidienne. 
Aucun Dharma – qu’il s’agisse du « sublime et parfait esprit d’éveil », de « l’évidence du réel », d’une rose, du fait de manger ou de laver la vaisselle, d’un ami, des enseignements du Bouddha (…) ne saurait être saisi ou décrit.

Pourquoi croyons nous que les choses peuvent exister séparément les unes des autres ? Parce que nous les percevons comme ayant un commencement et une fin. Mais il est en réalité impossible de trouver le commencement ou la fin de quelque chose.
Lorsque vous observez un ami qui vous est cher, vous pouvez croire que vous le comprenez complètement – mais comment pourriez-vous comprendre un fleuve de réalité?
A chaque instant, nombre de dharmas extérieurs à son unité le traversent de tous côtés. 
En fait, vous ne sauriez avoir la moindre prise sur lui.
A considérer son apparence, ses sentiments, ses perceptions, ses formations mentales et sa conscience, vous pouvez croire qu’il est assis ici près de vous – mais il est ailleurs au même instant. 
I
ll se trouve à la fois dans le présent, dans le passé et dans l’avenir.
Votre ami, « l’évidence du réel », la rose, ne peuvent être saisis parce qu’ils sont sans commencement ni fin.
Leur présence est profondément liée à toutes les réalités de l’univers.