A propos de notre propre esprit, Par le maître Zen Bodhidharma

Comment l’esprit peut-il être l’essence de la voie ?

C’est comme si quelqu’un peignait de ses mains des dragons et des tigres, et s’effrayait à leur propre vue…
Il en va de même pour les individus égarés.
C’est le pinceau de la conscience qui peint la montagne aux rasoirs et la forêt aux épées de l’enfer, et c’est la conscience qui fait qu’on se met à les craindre.

Si vous êtes capables de n’avoir aucune crainte dans votre esprit, toutes les fausses notions disparaissent.

Le pinceau de la conscience sépare, dans ses dessins, les formes, les sons, les saveurs, les odeurs et les contacts. Puis à leur vue naissent le désir, la colère et la stupidité.
Tantôt on les regarde (les formes/sons/odeurs/saveurs/contact), tantôt on les rejette…
Ce faisant, du fait de la discrimination (de l’esprit, du mental et de la conscience), on produit toutes sorte d’actes.

Comprendre que l’esprit et la conscience sont dès l’origine foncièrement vides et tranquilles, et éviter de les localiser, voilà en quoi consiste la culture de la voie.

Certains, par la discrimination de leur propre esprit, peignent toutes sorte de mauvais esprits et d’états infernaux. Devenus esclaves de ces derniers, ils subissent toutes sorte de maux.
Comprenez simplement que tout ce que discrimine votre esprit n’est que formes.

Lorsque vous réalisez que votre esprit est, dès l’origine, foncièrement libre et tranquille, vous comprenez que l’esprit n’est pas les formes, et cet esprit est dès lors indépendant. Les formes n’ont pas d’existence objective, elles sont le produit de votre propre esprit. Réalisez simplement qu’elles ne sont pas réelles, et vous obtiendrez la libération.


Le traité de Bodhidharma (7e siècle) traduit et commenté par Bernard Faure. Coll. Point Sagesse (ed. orig. Le mail 1986)